85 % des entreprises tech belges ne voient aucun effet de l'IA sur leur chiffre d'affaires. La même enquête dit pourquoi
Agoria a publié le 30 septembre 2026 la deuxième édition de son enquête auprès de 307 dirigeants d'entreprises technologiques belges. Le chiffre qui circule est brutal : 85 % n'observent aucun effet sur leur chiffre d'affaires. Mais la même enquête donne l'explication deux lignes plus bas — 60 % en sont encore à l'expérimentation et 6 % seulement ont mis l'IA au cœur de leur fonctionnement. Le clivage n'est pas l'outil, c'est le passage en production.
Agoria a publié le 30 septembre 2026 une nouvelle édition de son enquête sur l'IA, menée auprès de 307 dirigeants d'entreprises technologiques belges. Le chiffre que la presse a retenu est désagréable : 85 % n'observent aucun effet de l'IA sur leur chiffre d'affaires. Si vous hésitez à lancer un projet, c'est le genre de statistique qui vous arrête net. Elle ne devrait pas, et pour une raison qui se trouve dans la même enquête : 60 % des répondants en sont encore au stade de l'expérimentation, et 6 % seulement ont mis l'IA au cœur de leur fonctionnement. Une expérimentation ne produit aucun effet sur le chiffre d'affaires — par construction. Ce n'est pas un échec de l'IA, c'est la photographie d'un marché qui teste beaucoup et met en production très peu.
L'enquête mérite dix minutes parce qu'elle est belge, récente, et qu'elle porte sur des dirigeants qui, eux, ont des développeurs en interne. Si le secteur le mieux équipé du pays affiche ces résultats, cela dit quelque chose d'utile sur la manière dont il faut choisir et mesurer un projet quand on est une PME de dix à cinquante personnes dans le négoce, la construction ou les services.
Les chiffres, tels qu'Agoria les publie
Les proportions ci-dessous sont celles de la publication du 30 septembre 2026, avec entre parenthèses l'édition précédente, un an plus tôt :
- 37 % intègrent l'IA dans leurs processus (contre 27 %)
- 60 % en sont à l'expérimentation (contre 70 %)
- 6 % l'ont installée au cœur de leur fonctionnement (contre 5 %)
- 45 % estiment manquer encore de connaissances suffisantes (contre 57 %)
- 38 % n'investissent pas structurellement (contre 55 %)
- 41 % investissent moins de 50 000 € (contre 23 %)
- 85 % n'observent aucun effet sur leur chiffre d'affaires
- 80 à 100 emplois nets ont disparu dans le secteur technologique belge du fait de l'IA
Agoria chiffre par ailleurs à environ 3 milliards d'euros le chiffre d'affaires supplémentaire déjà lié à l'IA. Attention à la lecture : c'est une estimation au niveau du secteur, pas une moyenne par entreprise. Elle ne vous dit rien de ce que vous pouvez espérer, et personne ne devrait vous la vendre comme telle.
Ce que les 85 % disent vraiment
Mettez les deux chiffres côte à côte : 60 % expérimentent, 85 % ne voient aucun effet sur le chiffre d'affaires. L'écart s'explique presque tout seul. Un abonnement ChatGPT pour l'équipe, un assistant qui résume des réunions, trois collaborateurs qui rédigent plus vite : tout cela a une valeur réelle, mais aucune de ces choses ne remonte dans une facture client. Attendre un effet sur le chiffre d'affaires après six mois d'expérimentation, c'est mesurer la mauvaise grandeur au mauvais moment.
Agoria formule le lien dans l'autre sens, et c'est la phrase la plus utile de la publication : « plus une entreprise dispose de connaissances et de compétences en IA, plus elle la met en œuvre, plus elle investit de manière structurelle et plus elle en retire déjà de la croissance ». Une précision d'honnêteté : c'est une corrélation observée, pas une démonstration. Les entreprises qui en retirent de la croissance sont aussi celles qui avaient de quoi investir au départ. Mais le sens de la relation est cohérent avec ce que je vois sur le terrain, et il désigne le bon clivage.
Le vrai clivage : un processus en production, ou rien
Il n'y a pas d'un côté les entreprises qui « font de l'IA » et de l'autre celles qui n'en font pas. Il y a celles où quelques personnes gagnent du temps sur leurs tâches, et celles où un processus entier tourne autrement qu'avant. Les premières sont dans les 60 %. Les secondes sont dans les 6 %, et ce sont elles qui ont quelque chose à mesurer. C'est la ligne que je tirais déjà en août en comparant les statistiques d'adoption belges, qui se contredisent sans se tromper : je n'avais alors aucun chiffre à mettre dessus, l'enquête d'Agoria en fournit un.
Un processus en production, concrètement, cela veut dire : une entrée identifiée, un traitement qui se fait sans qu'on y pense, une sortie que quelqu'un utilise dans son travail quotidien, et un responsable désigné quand ça casse. Tant que l'un de ces quatre éléments manque, vous avez un pilote, et un pilote ne produit pas de résultat financier. J'ai détaillé à quoi ressemble ce passage en production, semaine par semaine, dans le déroulé réel d'un projet d'automatisation en PME.
Pour une PME de 10 à 50 personnes, le chiffre d'affaires est le mauvais indicateur
C'est le point que je défends le plus souvent en réunion, et il va à l'encontre de l'argumentaire habituel. Dans une PME, une automatisation réussie ne se voit presque jamais sur le chiffre d'affaires la première année. Elle se voit sur trois autres grandeurs, toutes mesurables avant de commencer :
- Le temps passé sur le traitement visé — en heures par semaine, relevé pendant deux semaines avant de toucher à quoi que ce soit
- Le délai entre la demande qui entre et la réponse qui sort — un devis qui part en deux heures au lieu de trois jours se mesure dès la première semaine ; l'effet commercial, lui, est plus lent et plus difficile à attribuer honnêtement
- Le taux d'erreur ou de reprise — combien de dossiers repassent une deuxième fois par quelqu'un
Si vous n'avez pas relevé ces trois chiffres avant, vous ne pourrez rien démontrer après, et vous vous retrouverez dans les 85 % sans savoir si c'est mérité. C'est ce qui sépare un projet défendable d'une dépense qu'on justifie à l'intuition. Le cas d'un négoce wallon passé de 30 jours-homme par mois à 15 heures sur son traitement de devis ne vaut d'ailleurs que parce que le relevé existait avant.
L'ordre de grandeur : 41 % investissent moins de 50 000 €
Cette ligne a presque doublé en un an (23 % → 41 %), et c'est pour un dirigeant de PME la plus rassurante du lot. Elle dit que le gros du mouvement se fait désormais par petits montants, pas par programmes à six chiffres. Pour une PME de dix à cinquante personnes dans un secteur non technologique, la fourchette réaliste est largement en dessous : un cadrage se compte en centaines d'euros, une première automatisation mise en production en quelques milliers. J'ai publié mes propres ordres de grandeur dans combien coûte vraiment un audit d'automatisation.
Le corollaire est moins agréable : à ce niveau d'investissement, vous financez un processus, pas une transformation. Choisir lequel devient la décision la plus importante du projet.
Quand ce n'est pas une bonne idée
Trois situations où je conseille d'attendre, et où démarrer maintenant vous rangerait dans les 85 % pour de bonnes raisons :
- Vous ne savez pas nommer le processus. « On voudrait faire de l'IA » n'est pas un point de départ. Si personne ne peut dire quelle tâche prend combien d'heures par semaine, le cadrage doit venir avant la technique
- Le processus change tous les mois. Automatiser une procédure instable revient à payer deux fois : une fois pour la construire, une fois pour la refaire. Stabilisez d'abord
- Les données n'existent pas sous forme exploitable. Si l'information vit dans des têtes, des classeurs papier ou des fichiers que chacun nomme à sa façon, la moitié du budget partira en remise en ordre — et c'est un travail utile, mais ce n'est pas un projet d'IA
Il y a enfin un piège d'interprétation à signaler. Les 80 à 100 emplois nets disparus concernent le secteur technologique belge dans son ensemble : c'est un très petit nombre, et il ne dit rien de ce qui se passerait chez vous. Ni dans un sens, ni dans l'autre.
Ce que je ferais à votre place, cette semaine
- Prenez la liste des traitements répétitifs de votre entreprise et gardez celui qui occupe le plus d'heures — pas celui qui agace le plus
- Faites relever le temps réel passé dessus pendant deux semaines, par la personne qui le fait, sur une feuille simple. C'est votre point de départ et votre futur argument
- Comptez le nombre de dossiers qui repassent une deuxième fois. C'est souvent là que se cache le coût réel
- Décidez ensuite seulement si vous automatisez. Avec ces trois chiffres en main, la décision prend une heure ; sans eux, elle n'est jamais prise
En résumé
Les 85 % ne disent pas que l'IA ne rapporte rien. Ils disent que la majorité des entreprises mesurent un effet de production sur un périmètre d'expérimentation. Le mouvement réel est ailleurs, dans le passage de 27 à 37 % d'entreprises qui intègrent, et dans ces 6 % qui ont mis un processus entier au centre. Pour une PME de dix à cinquante personnes, l'enjeu n'est pas de choisir un outil : c'est de relever trois chiffres avant de commencer, et d'en finir avec un processus plutôt que d'en essayer cinq.
Si vous avez un processus en tête et que le relevé de départ vous paraît compliqué à organiser, c'est la partie qui prend vingt minutes au téléphone : 0491 505 505 ou info@simplifiez.ai.

Consultant indépendant, j'accompagne les PME de Wallonie et de Bruxelles dans l'automatisation de leurs processus avec l'IA — audits, workflows n8n et agents sur mesure. Avant Simplifiez.ai : dix ans de data et d'automatisation, du trading d'énergie (Centrica) à l'industrie automobile (PSA), et deux entreprises lancées.
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