81 % des PME belges utilisent l'IA, dit une étude. 34,5 %, dit l'État. Les deux ont raison
Les deux chiffres circulent depuis le printemps et paraissent s'exclure. Ils mesurent en réalité deux années différentes sur un marché qui a doublé entre les deux. Le rapport d'Exact contient d'ailleurs un troisième point que personne ne cite, et qui réconcilie tout : 39 % en 2025. La vraie question pour un dirigeant n'est donc pas de savoir s'il est en retard, mais ce que ces 81 % font réellement de l'outil.
Si vous avez lu quelque part ce printemps que 81 % des PME belges utilisent l'IA, et ailleurs que le chiffre officiel est de 34,5 %, vous n'avez pas mal lu et personne ne s'est trompé. Les deux mesures sont justes. Elles ne portent simplement pas sur la même année : 34,5 % décrit 2025, 81 % décrit 2026. Entre les deux, l'usage a doublé. Et le rapport qui donne les 81 % contient un troisième point que les articles de presse ne reprennent jamais : 39 % en 2025, ce qui colle au chiffre de l'État à quelques points près.
Ça vaut la peine de s'y arrêter, parce que ce genre d'écart sert d'argument commercial toute l'année. « 8 entreprises sur 10 s'y sont mises, pas vous » est une phrase de vendeur. Voici d'où viennent les deux chiffres, ce qu'ils mesurent vraiment, et le seul indicateur du dossier qui devrait vous intéresser.
Deux enquêtes, deux photos prises à un an d'intervalle
Le 34,5 % vient de Statbel, l'office belge de statistique, dans un communiqué du 2 décembre 2025. Il porte sur les entreprises de 10 personnes et plus et provient de l'enquête européenne harmonisée sur le numérique. Statbel précise que la proportion monte à 3 entreprises sur 4 chez celles de plus de 250 salariés, et que 23 % des entreprises utilisent une technologie d'analyse du langage écrit.
Le 81 % vient du Baromètre PME 2026 de l'éditeur Exact, dixième édition de l'enquête, menée au premier trimestre 2026 par l'institut Markteffect auprès de 1 333 dirigeants et managers belges d'entreprises de 2 à 250 travailleurs. Deux périmètres différents, deux dates différentes, deux commanditaires différents : un office public d'un côté, un éditeur de logiciels de gestion de l'autre.
J'ai téléchargé le rapport d'Exact pour vérifier, et le graphique d'usage y donne trois valeurs, pas deux : 8 % en 2024, 39 % en 2025, 81 % en 2026. Les reprises de presse opposent presque toutes le 8 % de 2024 au 81 % de 2026, ce qui fait un saut spectaculaire, mais efface le point du milieu. Or c'est lui qui règle la question : Exact mesure 39 % en 2025, Statbel 34,5 % la même année sur un périmètre un peu plus étroit. Les deux sources disent la même chose.
« Suis-je en retard ? » est une mauvaise question
Beaucoup de dirigeants comparent une photo de 2025 à une photo de 2026 et en concluent qu'ils ont pris du retard. Sur un marché qui double d'une année à l'autre, cette comparaison ne veut rien dire. Elle produit surtout des décisions prises dans l'urgence : un abonnement souscrit pour toute l'équipe, une formation générale achetée en vitesse, un prestataire signé parce qu'il a montré le bon graphique.
Le vrai renseignement du rapport Exact est ailleurs, et il tempère franchement les 81 %.
Le chiffre qui compte est 51 %, pas 81 %
Dans la même enquête, 51 % des dirigeants belges déclarent ne pas bien savoir comment utiliser l'IA dans leur entreprise. En parallèle, 70 % estiment qu'elle offre des occasions de travailler plus efficacement et 49 % qu'investir dedans est une priorité. Autrement dit : la moitié de ceux qui l'utilisent ne savent pas quoi en faire de sérieux.
Les usages déclarés le confirment. Parmi les entreprises qui utilisent l'IA :
- 54 % écrivent des textes plus vite ou génèrent des images
- 51 % produisent des comptes rendus de réunion ou des traductions
- 36 % cherchent à comprendre les performances de l'entreprise
- 33 % codent (site, boutique en ligne, applications)
Les deux premiers usages sont de la productivité individuelle. Un collaborateur rédige plus vite, un autre traduit son mail sans passer par un collègue néerlandophone. C'est utile et je ne vais pas le dénigrer. Mais rien ne change dans l'entreprise : les mêmes personnes font les mêmes tâches, un peu plus vite. Le processus, lui, n'a pas bougé. Personne ne l'a mesuré, personne ne saurait dire ce que ça a rapporté.
C'est pour cette raison que « nous utilisons l'IA » ne distingue plus personne en 2026. À 81 %, la réponse est oui presque partout, ne serait-ce que parce que trois collaborateurs ont ouvert un compte de leur côté. Ce qui distingue encore les entreprises, c'est de savoir si un processus tourne différemment depuis.
Le test en trois questions
Vingt minutes, sans outil et sans consultant, pour savoir de quel côté vous êtes :
- Citez trois tâches que quelqu'un chez vous fait aujourd'hui avec l'IA. Si vous n'en trouvez pas trois, vous êtes dans les 19 % qui ne l'utilisent pas, quoi qu'en disent vos équipes.
- Pour chacune, demandez ce qui se passerait si l'outil disparaissait demain matin. Si la réponse est « on ferait comme avant, un peu plus lentement », vous avez de la productivité individuelle. C'est le cas majoritaire et ce n'est pas grave, mais ne le confondez pas avec un projet d'automatisation.
- Cherchez un chiffre. Un délai de traitement, un nombre de dossiers par semaine, des heures passées sur une tâche. Si personne ne sait répondre, vous ne pilotez rien : vous ne pourrez ni justifier une dépense, ni détecter le jour où l'outil se met à produire n'importe quoi.
La troisième question est celle qui coûte le moins cher à traiter et celle qu'on saute le plus volontiers : compter les dossiers d'une semaine ne demande ni budget ni outil. J'ai détaillé la façon de démarrer proprement dans par où commencer concrètement en Wallonie.
Votre secteur pèse plus que votre taille
Le rapport d'Exact ventile les 81 % par secteur, et l'écart atteint 27 points entre le premier et le dernier :
- Construction : 87 %
- Services aux entreprises : 86 %
- Comptabilité : 83 %
- Production : 71 %
- Commerce : 60 %
Deux lectures pour un dirigeant wallon. La première : si vous êtes dans le commerce ou la production, l'usage autour de vous est réel mais moins généralisé, et vous avez encore de la marge pour en faire un avantage plutôt qu'un rattrapage. La seconde, plus immédiate : à 83 %, votre comptable ou votre fiduciaire utilise déjà ces outils sur vos dossiers. Ça vaut une question lors du prochain rendez-vous, sur ce qui passe par un modèle et ce que ça implique pour vos données.
Attention à ne pas surinterpréter la construction à 87 %. L'enquête demande si l'entreprise utilise l'IA, pas à quelle profondeur. Un secteur peut être en tête sur l'usage et rester très en retrait sur l'automatisation des processus.
Sur la taille, la Belgique ne publie rien d'exploitable
Je voulais vous donner le chiffre des entreprises belges de 10 à 50 personnes. Il n'existe pas sous une forme publiée : ni Statbel ni Eurostat ne diffusent en clair la ventilation belge par taille. Les pourcentages qui circulent pour les « petites entreprises belges » ne s'appuient sur aucune source primaire, et je préfère vous le dire plutôt que de recopier un chiffre invérifiable.
Ce qu'on peut affirmer, c'est le niveau européen. Eurostat donne pour 2025 une moyenne UE de 20 % d'entreprises utilisatrices, contre 13,5 % en 2024, avec un gradient très net selon la taille : 17 % des petites entreprises (10 à 49 salariés), 30,4 % des moyennes (50 à 249) et 55 % des grandes (250 et plus). Le Danemark est en tête à 42 %, la Roumanie ferme la marche à 5,2 %. Avec ses 34,5 %, la Belgique se situe donc largement au-dessus de la moyenne européenne, à un niveau proche des pays de tête.
Retenez la forme de la courbe plutôt que les valeurs : une entreprise de 10 à 50 personnes est structurellement en dessous d'un grand groupe, et ça n'a rien d'anormal. Le grand groupe a une DSI, un budget d'expérimentation et quelqu'un dont c'est le métier. Vous n'avez pas ça, et vous n'en avez pas besoin pour automatiser un traitement de commandes.
Ce que je ne ferais pas à votre place
- Lancer un projet parce qu'un pourcentage vous a inquiété. Une statistique d'adoption ne dit rien de la rentabilité d'un projet chez vous. Elle dit ce que font les autres, pas ce que ça leur rapporte.
- Acheter des licences pour toute l'équipe. Avec 51 % de dirigeants qui ne savent pas quoi en faire, la contrainte est le savoir-faire, pas l'accès à l'outil. Des comptes distribués sans cas d'usage produisent trois utilisateurs actifs et une ligne de frais fixes.
- Confondre adoption et résultat. Vous êtes probablement déjà dans les 81 %. Ça ne vous a rien rapporté de mesurable pour l'instant, et c'est normal.
- Traiter ces chiffres comme une pression concurrentielle. Vos concurrents rédigent des mails plus vite. Ils n'ont pas, pour la plupart, automatisé un processus complet.
Le point aveugle : ça se passe déjà chez vous
Une conséquence de ces 81 % mérite votre attention plus que le classement. Si huit entreprises sur dix utilisent l'IA et qu'une sur deux ne sait pas bien s'en servir, alors dans beaucoup de PME l'usage s'est installé sans règle écrite, sans consigne sur les données qu'on peut coller dans un outil, et sans que la direction sache quels comptes existent.
Ce n'est pas un procès fait aux équipes : elles ont trouvé un outil qui les aide et s'en servent. C'est un sujet de direction. Deux articles du blog le traitent sous des angles différents : où vivent vraiment les données de votre PME pour le volet confidentialité, et comment déployer sans braquer l'équipe pour la mise en place. Sur le volet réglementaire, les obligations entrées en application le 2 août sont détaillées dans ce qui concerne vraiment votre PME.
En résumé
34,5 % et 81 % ne se contredisent pas : ils datent de deux années consécutives sur un marché qui a doublé. Vous faites très probablement partie des 81 %, et ça ne prouve rien. Le seul écart qui se creuse en ce moment sépare les entreprises où l'IA fait gagner du temps à quelques personnes de celles où un processus entier tourne autrement. Le test en trois questions plus haut vous dit en vingt minutes de quel côté vous êtes.
Si le test vous laisse avec un processus en tête et aucune idée de par où le prendre, un appel suffit : 0491 505 505 ou info@simplifiez.ai.

Consultant indépendant, j'accompagne les PME de Wallonie et de Bruxelles dans l'automatisation de leurs processus avec l'IA — audits, workflows n8n et agents sur mesure. Avant Simplifiez.ai : dix ans de data et d'automatisation, du trading d'énergie (Centrica) à l'industrie automobile (PSA), et deux entreprises lancées.
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