Un travailleur belge sur trois utilise l'IA au travail. Votre PME, elle, n'a probablement rien organisé
Le rapport du Conseil supérieur de l'emploi donne enfin la ventilation belge par taille d'entreprise : 28,8 % des sociétés de 10 à 49 personnes utilisent au moins une technologie d'IA, contre 76,4 % des grandes. Mais le chiffre qui devrait retenir un dirigeant est ailleurs : 33 % des travailleurs belges utilisent déjà l'IA générative au travail, et parmi ceux qui disent avoir besoin de monter en compétence, 14 % seulement ont suivi une formation dans l'année. L'écart chez vous n'est pas un écart d'outils.
En moyenne belge, sur une équipe de vingt personnes, six ou sept collaborateurs utilisent déjà l'IA générative au travail, avec des comptes que vous n'avez pas choisis et sur des fichiers dont vous n'avez pas fixé les règles. En Belgique, 33 % des travailleurs étaient dans ce cas en 2025, contre 21 % en moyenne dans l'Union. Et parmi ceux qui déclarent avoir besoin d'approfondir leurs compétences sur ces outils, 14 % seulement ont suivi une formation dans l'année. L'écart chez vous se joue là. Pas dans le choix d'une plateforme.
Ces chiffres viennent du rapport « L'intelligence artificielle et le marché du travail en Belgique », publié le 11 février 2026 par le Conseil supérieur de l'emploi, l'organe fédéral qui conseille le ministre de l'Emploi. Je l'ai lu en entier plutôt que de me fier aux reprises de presse, et j'ai recoupé chaque chiffre sur les données publiées par Eurostat.
D'abord, une correction : la ventilation belge par taille existe
Il y a une semaine, dans l'article sur les chiffres d'adoption belges, j'écrivais que le pourcentage des petites entreprises belges n'existait sous aucune forme publiée et qu'il valait mieux le dire que de recopier un chiffre invérifiable. C'était vrai des communiqués que j'avais consultés. Ça ne l'est plus : le rapport du Conseil supérieur de l'emploi le publie, et la donnée se retrouve telle quelle dans la base de diffusion d'Eurostat. La voici, pour l'année 2025, part des entreprises utilisant au moins une technologie d'IA :
- Entreprises belges de 10 à 49 salariés : 28,8 %
- Entreprises belges de 250 salariés et plus : 76,4 %
- Ensemble des entreprises belges de 10 salariés et plus : 34,5 %
La moyenne européenne des petites entreprises est de 17 %. À 28,8 %, une petite entreprise belge devance donc largement ses homologues européennes. Si un prestataire vous vend un projet en expliquant que la Belgique est à la traîne sur ce terrain, la donnée ne le soutient pas.
Le rapport ajoute que l'écart belge entre petites et grandes entreprises serait le plus important d'Europe. J'ai refait le calcul sur les données d'Eurostat, pays par pays : la Slovénie affiche un écart plus large. L'écart belge est bien parmi les plus marqués, mais je ne reprendrai pas le superlatif, et vous non plus si on vous le sert.
L'écart qui compte se trouve à l'intérieur de votre entreprise
Une entreprise de vingt personnes qui n'a ni service informatique ni budget d'expérimentation ne se compare pas utilement à un groupe de mille salariés. En revanche, la comparaison entre ce que fait votre équipe et ce que votre entreprise a organisé, elle, est instructive.
Le rapport donne les deux bouts. Côté entreprises, l'adoption belge progresse vite : la série d'Eurostat passe de 13,8 % en 2023 à 34,5 % en 2025, soit vingt points en deux ans. Côté travailleurs, ces 33 % qui utilisent l'IA générative au travail placent aussi la Belgique dans le peloton de tête européen. Dans une équipe de vingt personnes, cela représente six ou sept collaborateurs. Ils n'ont pas attendu de décision de direction.
Le volet confidentialité de cette situation est traité ailleurs sur ce blog, dans où vivent vraiment les données de votre PME. Ce qui m'intéresse ici, c'est la conséquence sur les compétences : un usage qui s'installe sans encadrement produit rarement de la compétence. Il produit des habitudes.
39 % veulent monter en compétence, 14 % d'entre eux ont été formés
Le chiffre le plus parlant du rapport tient en une phrase : 39 % des travailleurs belges déclarent avoir besoin d'approfondir leurs connaissances ou leurs compétences relatives aux outils et systèmes d'IA dans le cadre de leur travail, et 14 % d'entre eux ont suivi une formation en ce sens sur les douze derniers mois. Attention à la précision : ces 14 % se comptent parmi les 39 %, pas parmi l'ensemble des travailleurs.
Les entreprises belges forment pourtant leur personnel. En 2024, 37 % de celles comptant au moins dix travailleurs ont proposé des formations pour développer les compétences en technologies de l'information, un taux supérieur à la moyenne européenne. Mais pas sur ce sujet, et pas au rythme auquel l'usage s'est répandu.
Le rapport identifie d'ailleurs le manque de compétences comme l'obstacle le plus cité au déploiement de l'IA en entreprise, devant les coûts. C'est cohérent avec ce que je vois sur le terrain : le frein n'est presque jamais le prix d'une licence.
Ce que « former » veut dire dans une entreprise de quinze personnes
Certainement pas un catalogue de formations ni un parcours certifiant. À cette échelle, trois choses suffisent à sortir de la zone grise, et elles tiennent dans une matinée plus quelques heures étalées.
- Faire l'inventaire. Vingt minutes en réunion d'équipe, sans procès : qui utilise quoi, sur quelles tâches, avec quel compte. Vous découvrirez des usages que vous n'imaginiez pas, et parfois deux personnes qui ont résolu le même problème chacune dans leur coin.
- Écrire une page de règles. Quelles données peuvent partir dans un outil externe, lesquelles ne le peuvent pas, et qui tranche en cas de doute. Une page lisible, pas une charte de huit pages que personne n'ouvrira. C'est aussi ce que l'AI Act appelle la littératie en IA, une obligation dont je détaille le périmètre dans ce qui concerne vraiment votre PME.
- Prendre un processus au sérieux. Un seul. Celui qui coûte le plus d'heures répétitives. Et faire montrer par un collègue déjà à l'aise, sur vos vrais fichiers, ce qu'il fait et comment il vérifie. Une heure d'un pair sur des cas réels vaut plus qu'une journée de formation générique.
Le point commun de ces trois étapes : elles ne coûtent rien d'autre que du temps de direction, et elles produisent l'information dont vous aurez besoin si vous décidez ensuite d'automatiser quelque chose.
La partie inconfortable : les fonctions administratives
Le rapport mesure aussi l'exposition des métiers, et cette partie-là mérite d'être dite sans emballage. Les professions à forte composante cognitive sont les plus exposées. Parmi elles, le Conseil sépare celles qui restent complémentaires de l'IA, comme les fonctions de management où l'outil augmente la personne, de celles qui le sont peu. Le personnel administratif tombe dans la seconde catégorie : exposé, peu complémentaire, donc davantage soumis à un risque de substitution.
Dans le même temps, le Conseil constate qu'à ce stade l'incidence de l'IA sur l'emploi total semble limitée, et qu'on n'observe pas en Belgique de recul des professions les plus exposées. Les deux constats coexistent. Ce qui bouge, ce sont les tâches à l'intérieur des fonctions, pas encore le nombre de postes.
Pour un dirigeant de PME, la traduction honnête est celle-ci : si deux personnes chez vous passent leurs journées à ressaisir des documents, leur métier va changer dans les deux ans, et le leur dire vaut mieux que de le leur laisser deviner. La façon de mener cette conversation sans braquer l'équipe fait l'objet d'un article entier, comment déployer sans braquer.
Ce que je ne ferais pas à votre place
- Acheter un plan de formation parce que 14 % vous a inquiété. Une formation générale à l'IA sans processus identifié se démode en six mois et ne laisse rien derrière elle. Commencez par l'inventaire.
- Déléguer le sujet au plus jeune de l'équipe. Être à l'aise avec un outil n'est pas la même chose que savoir ce qui peut y entrer et ce qui doit en sortir vérifié. Le cadrage est une décision de direction.
- Transformer ce rapport en argument de réduction d'effectifs. Il dit l'inverse à ce stade, et une PME de vingt personnes qui perd une compétence métier ne la rachète pas.
- Confondre usage et valeur. Que six personnes rédigent plus vite avec un assistant ne produit aucune économie mesurable tant qu'aucun processus complet n'a été repris.
En clair
La donnée belge par taille existe désormais, et elle est plutôt flatteuse pour les petites entreprises du pays. Le retard, s'il y en a un chez vous, n'est ni un retard d'outils ni un retard sur l'Europe : c'est l'écart entre des collaborateurs qui se sont débrouillés seuls et une direction qui n'a encore rien cadré. Trois étapes suffisent à le fermer, et aucune ne demande de budget.
Si vous voulez faire cet inventaire avec quelqu'un qui a vu ce que ça donne ailleurs, un appel suffit : 0491 505 505 ou info@simplifiez.ai.

Consultant indépendant, j'accompagne les PME de Wallonie et de Bruxelles dans l'automatisation de leurs processus avec l'IA — audits, workflows n8n et agents sur mesure. Avant Simplifiez.ai : dix ans de data et d'automatisation, du trading d'énergie (Centrica) à l'industrie automobile (PSA), et deux entreprises lancées.
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