Quand les agents IA se rencontreront : les rails sont posés, la confiance ne l'est pas
Des agents IA qui se découvrent, négocient et se paient entre eux : les protocoles existent déjà. Il manque l'annuaire, l'identité et la responsabilité juridique — les trois piliers d'un marché qui fonctionne. Pourquoi ça n'ouvrira pas avant 2027, et ce qu'une PME a intérêt à faire d'ici là.
Votre agent IA trouve la ferme du coin qui cultive de vrais bons produits, contacte le livreur à vélo qui passe par là, interroge les agents de vos amis pour savoir qui est libre ce soir — et organise le repas. La plomberie pour faire ça existe déjà : A2A pour que les agents se parlent, MCP pour qu'ils utilisent des outils, des mandats signés pour qu'ils se paient. L'annuaire, l'identité et la responsabilité juridique, eux, n'existent pas encore — et ce sont les trois choses qui font qu'un marché fonctionne. Verdict : pas avant 2027. J'ai cartographié ce marché de près, parce que j'y construis un projet en parallèle de mon travail avec les PME. Le vendredi, en général.
Le tableau est plus intéressant que je ne le pensais — et beaucoup moins avancé que le battage médiatique ne le laisse croire.
Bonne nouvelle : les rails existent déjà
Contrairement à ce que j'imaginais, la plomberie n'est plus spéculative. Elle est posée, et gouvernée par des fondations indépendantes :
- A2A (Agent2Agent), lancé par Google puis confié à la Linux Foundation, permet à un agent de parler à un autre agent. Version 1.0 stable, plus de 150 organisations impliquées, disponible chez Microsoft et Amazon. Chaque agent y publie une sorte de carte de visite lisible par machine : ce qu'il sait faire, où le joindre.
- MCP (Model Context Protocol), créé par Anthropic et donné en décembre 2025 à une fondation cofondée avec OpenAI, permet à un agent de se brancher sur des outils et des données. Attention à ne pas confondre : MCP relie un agent à des outils, A2A relie un agent à un autre agent.
- AP2 et x402 s'occupent du paiement entre agents, avec des mandats signés cryptographiquement qui laissent une piste d'audit : qui a autorisé quoi, à qui, pour combien.
Autrement dit : la technique de base est là. Ce n'est plus le problème.
Mauvaise nouvelle : le trou est ailleurs, et il est béant
Trois choses manquent, et ce sont précisément celles qui font qu'un marché fonctionne.
1. L'annuaire
Comment votre agent trouve-t-il celui de la ferme ? Il n'existe aucun consensus. Au moins cinq approches rivales se disputent la place, dont une qui n'est même pas encore lancée. Trois initiatives concurrentes ont été annoncées en six mois par la seule Linux Foundation. Quand un écosystème produit trois annuaires en six mois, c'est qu'il n'en a aucun.
2. L'identité
Comment prouvez-vous que l'agent en face est bien celui de la ferme, et pas quelqu'un qui se fait passer pour elle ? Aujourd'hui, la grande majorité des entreprises font tourner leurs agents sur des comptes de service partagés ou sur les identifiants d'un humain. L'institut américain de normalisation a désigné l'identité des agents comme priorité de recherche en février 2026 — ce qui veut dire, en langage clair, que ce n'est pas résolu.
3. La responsabilité — et celle-ci ne se résoudra pas par la technique
Votre agent délègue à un agent, qui délègue à un troisième, qui déclenche une commande que vous n'avez jamais voulue. Qui paie ? Aucune juridiction au monde n'a tranché. Le règlement européen sur l'IA classe les risques, mais n'attribue pas la responsabilité quand un agent délégué agit hors de son mandat. Tant que cette question n'a pas de réponse, aucun dirigeant sensé ne laissera un agent engager son entreprise auprès d'inconnus.
Alors pourquoi 2027, et pas 2026 ?
Attention au contresens qu'on lit partout. Gartner situe bien 2027 comme une date charnière — mais pas comme la date de maturité. C'est la date à laquelle le cabinet prévoit que plus de 40 % des projets d'IA agentique seront annulés, pour trois raisons qui n'ont rien de technologique : les coûts dérapent, la valeur métier reste floue, les garde-fous sont insuffisants.
Le même cabinet estime par ailleurs que sur les milliers de fournisseurs qui se réclament aujourd'hui de l'IA agentique, 130 environ le sont réellement. Le reste, c'est du repeignage : de vieux automates et des chatbots rebaptisés.
2027 ne sera pas l'année où l'économie des agents décolle. Ce sera l'année où l'on fera le tri.
Ce que je cherche : le local, précisément parce que c'est vide
En cherchant sérieusement, je n'ai trouvé aucune plateforme vérifiée où des agents transigent entre eux au service du commerce de proximité ou des circuits courts — pas plus en Belgique qu'ailleurs. Un seul acteur s'en approche : une entreprise américaine qui a mis dix ans à agréger 65 000 détaillants locaux avant de pouvoir y brancher une couche d'agents.
Et c'est justement la leçon. Cet espace n'est pas vide parce que personne n'y a pensé. Il est vide parce que l'économie du commerce de proximité est brutale : marges faibles, catalogues non structurés, pas d'interface technique, pas de stock en temps réel. Le coût d'entrée n'est pas dans l'idée, il est dans le terrain.
L'idée n'est donc pas d'avoir l'idée du siècle. Elle est d'anticiper un besoin futur quasi certain, et de pivoter progressivement jusqu'à trouver sa place. Je préfère être en avance de deux ans sur un marché qui existera que pile à l'heure sur un marché encombré.
Et pour votre PME, aujourd'hui ? Ne l'attendez surtout pas
C'est le point que je veux vraiment faire passer, parce qu'il est à l'opposé de ce que le sujet inspire spontanément.
L'agent qui négocie avec le monde extérieur, c'est demain. L'agent qui fait une tâche précise, à l'intérieur de votre entreprise, sur vos données, sous votre contrôle — c'est aujourd'hui, et ça marche. Trier des e-mails, extraire les données d'une facture, préparer une réponse à un appel d'offres, tenir un tableau de bord à jour. Pas de protocole exotique, pas d'identité cryptographique, pas de question de responsabilité inter-entreprises : votre agent, vos règles, votre périmètre.
C'est exactement le genre d'automatisation que je déploie chez mes clients — pendant que je bricole l'autre sujet le vendredi. Si vous voulez voir à quoi ça ressemble concrètement, voici par où commencer, et pourquoi n8n plutôt qu'un outil fermé quand on veut garder la main sur ses agents.

Consultant indépendant, j'accompagne les PME de Wallonie et de Bruxelles dans l'automatisation de leurs processus avec l'IA — audits, workflows n8n et agents sur mesure. Avant Simplifiez.ai : dix ans de data et d'automatisation, du trading d'énergie (Centrica) à l'industrie automobile (PSA), et deux entreprises lancées.
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